Le Centre Européen du Conseil International des Femmes (CECIF) exprime sa profonde indignation et sa consternation à la suite de la décision rendue par la Cour constitutionnelle de Malte dans l'affaire Andrea Prudente[1]. Ce jugement constitue une attaque contre les droits des femmes, contre leur autonomie et contre leur droit fondamental à recevoir des soins médicaux fondés sur la science.

En 2022, alors qu'elle était victime d'une fausse couche inévitable à 16 semaines de grossesse, Andrea Prudente s'est vu refuser à Malte une interruption de grossesse pourtant médicalement indiquée. Bien que le fœtus n'ait aucune chance de survie, elle a été contrainte d'attendre que son état s'aggrave, sous la menace d'une septicémie potentiellement mortelle, avant d'être évacuée en urgence vers l'Espagne pour recevoir les soins qui lui étaient refusés.

La Cour avait l'occasion de reconnaître qu'aucune femme ne devrait être exposée à un tel traitement. Elle a fait le choix inverse. Au lieu de condamner un système qui a mis une femme en danger de mort, elle condamne implicitement la femme elle-même. Dans une affirmation paternaliste, le jugement affirme par exemple qu'Andrea Prudente aurait été « utilisée » par les mouvements pro-choix, comme si elle n'était pas capable de penser par elle-même ou de comprendre sa situation médicale et de décider pour elle.

Plus choquant encore est le ton adopté par la Cour quand celle-ci reproche à Andrea Prudente d'avoir voyagé pendant sa grossesse, de s’être promenée après un premier passage à l'hôpital, sans omettre de la blâmer d’avoir eu  des relations sexuelles avec son compagnon après des premiers saignements !  Ce mécanisme est tristement connu : c'est l’inversion accusatoire que subissent depuis toujours les victimes de violences faites aux femmes. Aujourd'hui, une juridiction constitutionnelle reprend cette même logique en laissant entendre qu'Andrea Prudente n'aurait pas dû voyager, avoir de relations sexuelles, ni chercher à comprendre ce qui lui arrivait. Autrement dit, ce n'est pas le système pénal et médical qui est mis en accusation, mais la victime de la fausse-couche ! La Cour va jusqu'à considérer que son traumatisme serait en partie « auto-infligé », parce qu'elle s'est informée et qu'elle a refusé d'accepter passivement une stratégie consistant à attendre qu'une infection potentiellement mortelle survienne avant d'intervenir. Chercher à sauver sa vie ne constitue pas une faute. Le traumatisme d'Andrea Prudente n'est pas né de ses recherches sur Internet ; il est né d'un système qui lui refusait des soins tant qu'elle n'était pas suffisamment proche de la mort.

En construisant le portrait d'une femme qui aurait, par ses propres choix, contribué à son malheur, la Cour déplace la responsabilité de ceux qui l'ont privée de soins vers celle qui a tenté de sauver sa vie. Le jugement écarte par ailleurs les données scientifiques présentées par la Fédération internationale de gynécologie et d'obstétrique (FIGO), qui établissaient clairement que le fœtus n'avait aucune chance de survie et que la poursuite de la grossesse exposait Andrea Prudente à un risque majeur de septicémie et d'hémorragie. Au lieu de s'appuyer sur la science, la décision valide une approche où l'idéologie prime sur les preuves médicales.

Le CECIF exprime sa pleine solidarité avec Andrea Prudente et son compagnon, Jay Wheeler. Leur histoire n'est pas celle d'un combat idéologique. C'est celle d'un couple qui attendait un enfant, qui a vécu la perte de cette grossesse dans des circonstances d'une violence extrême et qui a dû organiser une évacuation sanitaire d’urgence vers un autre pays pour sauver la vie d’Andrea.

Le CECIF salue également le courage et la détermination de Voice for Choice Malta, qui poursuit son combat pour les droits des femmes malgré un contexte politique et judiciaire particulièrement hostile.

Cette décision dépasse largement les frontières de Malte ; elle interpelle l'ensemble des institutions européennes.

Le CECIF appelle la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil de l'Europe à condamner fermement cette décision et à rappeler qu'aucune femme ne devrait, en Europe, être privée de soins médicaux pour des raisons idéologiques.

Aucune femme ne devrait être contrainte d’organiser son transfert dans un autre pays pour recevoir un traitement qui lui sauvera la vie.

Aucune femme ne devrait attendre d'être à l'article de la mort pour être soignée.

Et aucune femme ne devrait être rendue responsable des violences que les institutions lui infligent.

Une justice qui reproche à une femme d'avoir voulu survivre cesse de protéger les droits fondamentaux. Le droit des femmes à l'autodétermination ne s'arrête pas aux portes de l'hôpital. Aucune grossesse ne peut justifier que l'on sacrifie la vie, la santé ou la dignité d'une femme. Une Europe fidèle à ses valeurs garantit à chaque femme la liberté de décider, avec son médecin, de poursuivre ou d'interrompre une grossesse, sans contrainte, sans culpabilisation et sans poursuites.

En conséquence le CECIF[2] demandera à ce que cette décision soit examinée pour vérifier sa compatibilité avec les obligations inhérentes aux traités européens, à la Charte des droits fondamentaux et à l’Etat de droit.

[1] Tribunal civil de Malte (Première Chambre, juridiction constitutionnelle), Andrea Prudente c. État maltais, requête n° 499/2022MH, jugement du 1er juillet 2026. [2] Le CECIF intervient, conformément à ses statuts et aux résolutions adoptées par le Conseil International des Femmes, en faveur de la protection des droits fondamentaux des femmes, notamment de leurs droits sexuels et reproductifs. Les textes de référence sont consultables sur les sites du CECIF https://cecif-ecicw.com/fr/accueil/   et du Conseil International des Femmes https://www.icw-cif.com/ Résolution « L'IVG, un droit fragilisé » https://www.icw-cif.com/wp-content/uploads/2025/11/2022-ICW-CIF-Voted-Resolutions.pdf